Pôle européen

Ici pour soutenir les artistes

Aux côtés de nombreux acteurs internationaux, la Maison de la Culture d’Amiens encourage la mobilité par delà les frontières. Laurent Dréano détaille les différents projets que la Maison développe en tant que “ Pôle européen de création et de production ” depuis 2016.

La Maison est un Pôle européen de création et de production.
Quels sont ses atouts ?
En raison de son histoire, la Maison est pluridisciplinaire, dans ce qu’elle présente comme dans son ouverture au monde. Depuis longtemps, elle est active sur les scènes internationales, en production et en accueil de spectacles. Cela fonctionne dans les deux sens : comment on exporte des projets et comment de grands artistes, qu’ils soient reconnus ou émergents, viennent du monde entier à Amiens. Conforter ce rôle de production et d’accueil international suppose de bâtir des relations de coopérations avec d’autres structures en Europe et dans le monde. C’est du fait de cette expérience que la Maison a été identifiée par le Ministère de la Culture comme un pôle européen de production et qu’elle a été moteur dans le développement du réseau APAP (Advancing Performing Arts Project).

En quoi consiste le réseau APAP ?
C’est un dispositif que nous avons constitué entre onze structures culturelles qui travaillent ensemble depuis plusieurs années. Fort de cette expérience, nous venons de lancer un nouveau programme qui a obtenu une nouvelle fois le soutien de l’Union Européenne, reconnaissant ainsi la qualité de la coopération entreprise entre les membres. L’idée est que l’on puisse accompagner un groupe d’artistes, choisis d’un commun accord entre les partenaires. Cela fut le cas des artistes que vous avez pu voir à la Maison de la Culture par le passé, présentés le plus souvent dans le cadre du festival Amiens Europe (comme François Chaignaud, Superamas, Ivana Müller, Lotte Van Den Berg, Théo Mercier, CollettivO CineticO ou Gerald Kurdian lors des dernières éditions). Amiens Europe est ainsi une fenêtre de visibilité sur la jeune création européenne. Celle-ci sera présente dans ce nouveau programme APAP qui démarrera en octobre 2020 jusqu’en septembre 2024.

Comment se passent ces coopérations avec les structures et les artistes ?
Il s’agit d’abord de donner du sens au fait de travailler ensemble. Ce prochain programme a pour titre Feminist Futures et développe une thématique autour de la notion de féminisme, au sens large. Cette notion ne parle pas simplement de la place et du rôle des femmes dans la création artistique, mais aussi de comment envisager le monde différemment. Le programme comporte également des projets de coopération avec les Balkans et avec Lia Rodrigues, qui a ouvert une école de danse à Rio de Janeiro. Ces accompagnements d’artistes se font sous forme de productions et de coproductions, de l’accueil de spectacles, mais le projet interroge aussi nos modèles d’organisation. Nous allons d’ailleurs reconfigurer nos festivals pour qu’ils soient plus interactifs. C’est enfin un questionnement collectif sur la relation aux publics et notamment les habitants éloignés de la culture. Ce sera aussi explorer le regard critique du spectateur, en associant des publics. Nous souhaitons consolider à ce titre nos relations avec les Universités. Pour mener ces ambitions à leur terme, on part d’une riche expérience passée, d’une confiance mutuelle et d’une complicité forte notamment avec Tiago Rodrigues, directeur du Théâtre National Dona Maria II à Lisbonne. C’est un partenaire du réseau et un très grand auteur et metteur en scène dont on présente deux spectacles en janvier 2021.

Ces coopérations entre structures culturelles existent aussi au niveau régional. En Hauts-de-France, la Maison développe Campus avec le phénix à Valenciennes.
Oui, nos deux scènes nationales sont des pôles européens. Nous avons souhaité mutualiser nos moyens. Nous soutenons les compagnies régionales, pour une meilleure diffusion régionale, nationale et bien-sûr internationale.
Nous les soutenons en production et nous leur offrons plus de visibilité lors de l’accueil des spectacles.
Nous constituons ensemble un groupe d’artistes que nous souhaitons accompagner sur leurs projets. Campus c’est aussi un “ laboratoire européen de démocratisation ”.
Nous faisons appel à des compagnies étrangères, qui réfléchissent à comment mieux impliquer les habitants dans des formes artistiques. Cela permet de comparer des manières de faire, car si les questions sont les mêmes qu’en France, les contextes sont différents. La saison passée par exemple nous avons invité la compagnie portugaise d’Ana Borralho et de João Galante pour les spectacles Atlas et Romance Familier ou la réalité augmentée, deux moments inoubliables. Cette saison, les Espagnols Jorge Dutor et Guillem Mont de Palol joueront Grand Applause en juin 2021.

Les festivals Amiens Europe en janvier et Amiens Tout-monde sont des vitrines de ces coopérations internationales.
Amiens Europe ne se déroule pas uniquement à la Maison, mais en collaboration avec d’autres partenaires de la métropole amiénoise. Ce festival est l’occasion de voir des spectacles d’artistes européens renommés et de réfléchir à des questions sociétales, dans lesquelles la construction européenne joue un rôle important. C’est de fait une interrogation sur l’Europe et sur le continent que nous voulons habiter. Une Europe qui n’est pas refermée sur elle-même…
Amiens Tout-monde nous rappelle que l’Europe ne peut grandir que des coopérations qu’elle mène au-delà de ses frontières. Ces rencontres artistiques nous entraînent sur les chemins du métissage, des rapports interculturels et empruntent à toutes les disciplines, notamment la musique, très présente. Le jazz est par nature une musique d’émancipation et de croisements. Il joue un rôle bien sûr très important dans la vie de la Maison. Cela nous renvoie à des problématiques fondamentales de nos sociétés, que le regard porté par les artistes peut nous aider à mieux appréhender : la lutte contre les discriminations, l’égalité réelle des genres, l’antiracisme dans ses relations complexes avec l’universalisme républicain, mais aussi l’exclusion, la place du travail, les modes de production et de consommation responsables. Cette réflexion plus globale que nous devons porter pour la planète sur laquelle nous voulons vivre est évidemment culturelle. Ces enjeux environnementaux et sociétaux nous touchent partout, à Amiens comme au bout du monde et nous éprouvons le besoin d’inventer de nouveaux langages, avec les artistes, avec les chercheurs, avec tous ceux qui se sentent concernés pour y répondre.

La Maison rayonne sur les scènes internationales…
Connue aussi par le Label Bleu, la Maison fait partie de l’European Jazz Network. Elle est en collaboration avec la Convention théâtrale européenne (European Theatre Convention).
Je représente la Maison auprès de fondations qui soutiennent les artistes français en tournée aux Etats-Unis, et à Berlin pour des échanges franco-allemands. Enfin, nous avons d’étroites relations avec des maisons prestigieuses à l’étranger pour accueillir des grandes formes (le Théâtre Vidy-Lausanne, le Théâtre National Dona Maria II à Lisbonne, la Schaubühne à Berlin, le Théâtre de Liège…). Les spectacles produits à la Maison peuvent avoir un destin international. Il existera une version anglo-saxonne de Thélonius et Lola mis en scène par Zabou Breitman. Le public reverra cette saison, Le Tambour de soie, un projet conçu par trois artistes franco-japonais (Kaori Ito, Yoshi Oïda et Makoto Yabuki).
Nous sommes attentifs à soutenir de jeunes artistes qui souhaitent être présentés sur les scènes internationales. Nous travaillons avec l’ONDA (Office national de diffusion artistique), avec l’Institut Français et avec des représentations étrangères en France. Dans sa dimension internationale, la Maison est partenaire de festivals de la région : le FIFAM (Festival International du Film d’Amiens), Séries Mania, NEXT, les Rendez-vous de la bande dessinée…

Les membres du réseau APAP
Tanzfabrik à Berlin (Allemagne)
BIT Teatergarasjen à Bergen (Norvège)
Maison de la culture d’Amiens (France)
Centrales Fies à Dro (Italie)
Reykjavik Dance Festival (Islande)
Stanica / Station – service for contemporary dance à Belgrade (Serbie)
SZENE Salzburg (Autriche)
Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne (Portugal)
Theaterfestival Boulevard à Hertogenbosch (Pays-Bas)
Kunstencentrum BUDA à Courtrai (Belgique)
www.apapnet.eu

Les douze premiers artistes du réseau APAP 2020-2024 – Feminist Futures
Agata Maszkiewicz
Ana Dubljević
Anne-Lise Le Gac
Chiara Bersani
Buren Collective
Ingrid Berger Myhre
Naomi Velissariou
Milla Koistinen
Paula Diogo
Sergiu Matis
Tatiana Julien
They Are Here

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne.

Les artistes Campus dans la saison 20/21
Hugues Duchêne
Christophe Haleb
Tatiana Julien
Noëmie Ksicova
Jeanne Lazar
Cédric Orain
Yuval Rozman
Gurshad Shaheman