« Le jour d’aujourd’hui
Le moment où je lui ai dit
On n’a plus le temps
Et le moment où il m’a répondu
On a le temps. » *

Le temps s’est arrêté puis a repris… par « vagues ». Dans cette houle inattendue qui se prolonge, il fallait louvoyer pour décrire la saison 2020 / 2021, d’abord jusqu’à décembre, puis de janvier à juin. Le programme, que vous découvrez ici dans le détail, embarque sur une année nouvelle, avec l’ardeur de remonter au vent et de braver les pessimismes. Au plus tôt, nous avons rouvert, heureux de se revoir, heureux de vous revoir. Vos premiers mots ont été « Que cela fait du bien d’être ici ! ».
Vous êtes à nos côtés, fidèles à la maison, avec les artistes et avec le sourire que l’on devine derrière les masques.
Afin de continuer cette navigation, nous appliquons les mesures sanitaires nécessaires, en respect et rigueur, pour la sécurité de tous.

Nous accueillons dès janvier l’un des plus grands auteurs et metteurs en scène européens d’aujourd’hui, le Portugais Tiago Rodrigues. Par sa sensibilité,
par son art de la scène, sobre et direct, il revisite notre histoire commune. Chœur des amants, récit amoureux d’anticipation (un couple sur une terre sans air…) et Catarina et la beauté de tuer des fascistes qui nous entraîne dans les heures sombres de la dictature, sont deux spectacles importants du festival Amiens Europe.

Cette saison est marquée par de puissantes voix féminines qui nous apprennent à porter un autre regard sur le monde. Regard sensible que cette adaptation pour la scène de Breaking the Waves de Lars von Trier par Myriam Muller ou de cette incursion dans l’univers de Lewis Caroll par Macha Makeieff. Voix de l’extraordinaire Toni Green, des footballeuses de Rebecca Chaillon, de Jeanne Lazar et de Gaëlle Bourges, de Béatrice Dalle et de Virginie Despentes, qui parcourent le festival Amiens Tout-Monde annonçant celle d’Ella Fitzgerald… Geste et voix des BIG SISTERS, de Tatiana Julien, chorégraphe associée, qui inaugure une Cité « éphémère » de la danse dans les espaces réels et virtuels de la Maison. Cet événement clôt une saison pour penser et danser ensemble ce « monde d’après », dont on ne voudrait pas qu’il devienne un « futur antérieur ». La danse est là, électrique, cœur vibrant de deux étoiles — Marie-Agnès Gillot et Andrès Marin dans Magma ; elle est multiple et sans frontières dans Uwrubba des frères Thabet et d’Est en Ouest de Josette Baïz ; elle redouble d’énergie grâce aux interprètes égyptiens d’Olivier Dubois ou aux 10 000 gestes de Boris Charmatz.

En musique, l’opéra est à l’honneur avec La Dame Blanche (orchestre Les Siècles / mise en scène Louise Vignaud), Bastien et Bastienne (Orchestre de Picardie / mise en scène Sylvie Baillon) et Tosca, retransmis en direct depuis l’opéra de Lille. Les très attendus Benjamin Biolay et l’Orchestre National de France font vibrer la scène du grand théâtre. Edward Perraud, Roberto Negro, David Krakauer et Henri Texier célèbrent l’actualité foisonnante du Label Bleu.

Une année de théâtre pour savourer ses classiques à commencer par la relecture enthousiasmante de Phèdre ! ou pour côtoyer Saint-Augustin avec Stanislas Roquette. L’événement de la saison est la venue en mai du spectacle aux trois Molières 2020, Électre des bas-fonds de Simon Abkarian, en partenariat avec la Comédie de Picardie. Et puis il y a Incandescence(s) d’Ahmed Madani, The Jewish Hour de Yuval Rozman, Loin des Hommes de Vincent Fontano, Je m’en vais mais l’état demeure ou encore Abnégation par Guillaume Durieux, autant de formes théâtrales destinées à raconter le monde, avec sérieux mais non sans distance et humour.

La grande exposition photographique Lycéen, t’es qui ?, visible également dans quatre lycées et en gare d’Amiens, se poursuit avec Diaphane et les Photaumnales. Ensuite c’est Cyril Pedrosa qui donne une spectaculaire vision de son œuvre majeure L’Âge d’or en partenariat avec les Rendez-vous de la bande dessinée.

Ainsi s’anime la Maison par ceux qui la font vivre, la fréquentent, la nourrissent, ici et ailleurs, partenaires, en Europe, en France, en région et dans l’agglomération, artistes, enseignants, publics, sans renoncement, sans peur ni dépit de la pandémie et des obscurantismes mais en considération des préconisations pour les combattre et vivre demain. Avec Maison en actions ! et les ateliers de pratiques en fin de saison, toutes les générations trouvent place dans le théâtre. Les voir et les encourager, même masqués, rassemble et rappelle que fraternité et solidarité sont des bons remèdes pour éviter la contagion du repli sur soi et de la haine.

Forte de ces convictions, la Maison vous reçoit, pour que nous puissions dire encore, chacun à son tour et comme le personnage du Chœur des amants :

« Demain
Je me réveille de bonne humeur »*

Laurent Dréano
et l’équipe de la Maison de la Culture

* deux citations extraites de Chœur des amants,
écrit et mis en scène par Tiago Rodrigues.