Genre : Cinéma

Un Mariage

Un été américain

mercredi 6 > samedi 16 juillet 2016
Cinéma Orson Welles

Séances

Aucune séance programmée

Synopsis

Dans une belle banlieue américaine, un riche et somptueux mariage est sur le point d’être célébré. Invités de choix, cadeaux hors de prix et robes haute couture sont de mise. Mais au fil de la journée, différents évènements se succèdent, et la nature en apparence lisse des conviés va se débrider et laisser place à leur véritable personnalité : aussi futile et prétentieuse soit-elle.

Notre avis

Si les films nous aident à passer le temps, ils nous voient également vieillir. C’est une loi de la nature, qui n’est pas toujours bien faite. Ainsi, le cinéma dit de «patrimoine» s’enrichit à vitesse grand V, à la vitesse d’un cheval que nous croyions au pas mais qui galope, galope, galope. Comme une mer qui, se retirant, ne laisse sur le sable que les œuvres qui lui ont résisté, qui ont survécu aux sacs et aux ressacs de l’actualité étourdie ; l’écume de l’art souvent excite nos contemporains trop pressés, qui font profession de dénicher un chef-d’œuvre par semaine. C’est une loi du marché, qui n’est pas toujours bien fait.
Ainsi, le cinéma des années 1990 fait son entrée dans ledit patrimoine, et l’on profite de la ressortie de certains films en copies neuves pour faire un petit point historique. Une hypothèse, d’abord. 1993 serait l’année d’un basculement du cinéma hollywoodien vers une forme de néo-classicisme, accompagnée de l’ère du selfie cinéphile (sur le mode «regardez comme j’aime le cinéma», «regardez-moi au milieu du cinéma que j’aime») : c’est le moment Tarantino et la sortie de Reservoir Dogs. Les cinéastes vont ainsi retravailler les genres qui les travaillent.
Trois exemples fameux, trois classiques de cette période pas si lointaine. 1993, toujours. L’Impasse de Brian De Palma renoue avec le baroque Scarface, mais il médite avec mélancolie l’impossibilité de se départir de son passé (tout comme De Palma n’en revient toujours pas) : Al Pacino fait des miracles, tel un volcan qui s’éteint. 1996 : De plus jeunes cinéastes, les Frères Coen, signent l’un de leurs trois meilleurs films : Fargo (qui vient d’accoucher d’une série formidable). La neige efface les formes et remet les compteurs à zéro (comme, à la même époque, Un plan simple de Sam Raimi et Affliction de Paul Shrader). Les dialogues hammettiens et les acteurs dézingués servent une mise en scène désenorgueillie : à ce moment précis, les Coen sont les plus grands. 1998 : C’est le retour inespéré d’un cinéaste légendaire (qui depuis a sans doute quelque peu terni cette légende) : Terrence Malick, perdu de vue depuis 20 ans. Film de guerre élégiaque au casting royal, La Ligne rouge est unique, la dernière grande œuvre de Malick, qui clôt d’une certaine manière cette décennie en renouant avec une vision primitive du cinéma.
Pour compléter cet «été américain», la ressortie d’Un mariage de Robert Altman (dont on ne mesure pas assez, en France, l’influence capitale sur toute une génération de réalisateurs, dont l’auteur majeur né dans les années 1990, Paul Thomas Anderson) est une démonstration virtuose des cimes que peut atteindre le film choral. Enfin, pour être complets, on peut voir ou revoir des films qui sont marqués par leur époque, et que l’on n’a pas vu vieillir : les courts métrages burlesques de Fatty Arbuckle et le très pop et décalé Batman, un pré-Austin Powers réalisé en 1966. Autant de raisons de se donner le temps de voir passer le temps.

Fabien Gaffez

Bande-annonce