Cédric Orain — artiste associé

Que représente pour vous, le statut d’artiste associé ?

D’abord l’occasion de pouvoir travailler à moyen et long terme sur plein de plans différents : l’élaboration, la maturation d’une création, le montage d’une production, le développement d’actions culturelles et de projets de territoire. C’est du temps passé dans une maison, à travailler avec une équipe sur des projets construits ensemble, du temps pour penser, pour rêver, un espace pour échapper à l’injonction du résultat. Être associé à un théâtre comme la Maison de la Culture d’Amiens, c’est avoir un repère et un pilier.

De quelle manière les histoires des “ enfants sauvages ” sont-elles parvenues jusqu’à vous ?

Ce sont des histoires que je connaissais, j’avais vu le film de Truffaut, et j’avais vaguement entendu parler de Kaspar Hauser. Et puis, il y a un peu plus d’un an, un de mes plus vieux amis qui est chercheur en histoire, m’a fait lire ses travaux sur le cas Hauser.
En recomposant et réinterrogeant l’énigme de cet enfant coupé du monde pendant dix ans, son étude montre que même au plus profond de notre inconscient se niche encore de l’Histoire, qu’au plus profond de nous-même on trouve encore des traces de notre civilisation. J’ai trouvé son travail passionnant, et je me suis plongé à mon tour dans ces histoires d’enfants sauvages.

Quels enseignements avez-vous tiré de cette plongée dans ces deux incroyables destins ? Avec leur adaptation, quels messages souhaitez-vous transmettre
au public ?

Je ne sais pas encore tout ce que le spectacle va pouvoir raconter, mais j’ai envie d’abord de dire aux enfants que le temps de l’enfance est intouchable, personne n’est en droit de les priver de ce temps où ils doivent apprendre, découvrir, devenir. J’ai aussi envie d’inviter chaque spectateur, enfant comme adulte, à interroger notre sauvagerie, notre rapport à la coercition, et notre regard sur ce qui est normal.

Pour incarner le rôle de l’enfant sauvage, vous avez fait appel à un acrobate. Pourquoi ce choix ?

Il y a chez l’enfant une transformation du corps, des perceptions, le passage d’un monde à l’autre, il quitte l’animal, il quitte la forêt ; on le pousse à tenir sur ses jambes, à se vêtir, à se laver, et on le confronte à tout un tas de règles et de conventions qu’il prend de plein fouet après avoir été coupé de tout pendant des années. Tout ça doit traverser le corps de l’enfant pendant le spectacle. J’aurais pu travailler aussi avec un danseur, mais pendant la pièce, il y a une scène entière dans un cirque, alors le choix de l’acrobatie au sol a été assez vite évident. Et la rencontre avec Petteri Savikorpi a bien sûr été déterminante dans ce choix.