Avant de prononcer ses vœux, Viridiana rend visite à son oncle. Frappé par la ressemblance avec sa défunte femme, il en tombe amoureux. Résistant à ses avances, il l’a viole puis se pend. Se sentant coupable, Viridiana reste au domaine en compagnie de Jorge, fils naturel de l’oncle. Ils donnent asile à une douzaine de mendiants qui, un soir de beuverie, tentent de tuer l’un et de violer l’autre.
Palme d’or à Cannes en 1961, jugé blasphématoire par l’église, censuré par le pouvoir franquiste, Viridiana marquait les retrouvailles de Bunuel avec l’Espagne. Retrouvailles explosives. Il est vrai que le film ne ménage aucun dogme. Mais à la charge surréaliste de l’âge d’or a succédé un athéisme froid, quasi clinique, où le regard du cinéaste détaille et met à nu les fondements même de l’idéologie chrétienne. La grande force du film tient à la symbiose entre un ton picaresque, allant jusqu’à la cruauté, et cet art bunuelien de faire tomber les masques les uns après les autres.
Bunuel ne sermonne pas. Il ne défend aucune thèse, il donne à voir. Il crée ainsi un immense malaise.
Gilbert Salachas

