Le comte Pozna, égocentrique et jouisseur en diable, coulerait tranquillement des jours heureux dans son château au fin fond des Carpates si sa femme, Poznabella, n’avait de cesse de lui refuser la moutarde qu’il adore pour accompagner sa mortadelle, son péché mignon. Dans un moment de désespoir, il jure qu’il donnerait tout pour un pot de moutarde ! Mais le voilà pris par des anges de la mort. Dans sa quête presque vaine pour trouver quelqu’un pour le remplacer, il se rend compte que tout le monde veut vivre… quelle drôle d’idée ! Jouant à sa femme les violons de leur première nuit d’amour, il parvient à la convaincre, mais ne résistant pas plus aux actrices de passage qu’à la moutarde et à la mortadelle. Sous les feux de la jalousie conjugale – et la vengeance de Poznabella est impitoyable – le comte est confronté à un épouvantable dilemme… la moutarde lui monte au nez !
De plus en plus jouées sur toutes les scènes européennes, les pièces d’Hanokh Levin sont éminemment satiriques, furieusement politiques et incroyablement drôles, à l’instar de Tout le monde veut vivre.
Ce qui a séduit Carole Lorang et Mani Muller chez cet auteur israélien à nul autre pareil, c’est son écriture hors du commun, son imagination débordante, son univers aussi grotesque que l’histoire de son pays en état de guerre permanent, ses constats de l’inéluctabilité du présent et de l’égoïsme matérialiste universel. La façon aussi dont la cruauté la plus glaçante peut côtoyer la joie de vivre la plus contagieuse.
Un peu de moutarde, Madame ?


