Après ses plongées réussies dans l’univers de Tchekhov, qui ont reçu des triomphes à Avignon, après les grandes fresques populaires, Les Barbares et Les Estivants de Gorki, le metteur en scène Éric Lacascade a ressenti la nécessité de s’engouffrer dans l’univers de Molière, qui siège au panthéon de notre culture. Ce Tartuffe lui apparaît comme un défi qu’il va relever avec sa troupe de comédiens fidèles qu’il sait diriger avec l’énergie et l’intelligence qui le caractérisent et qui marquent chacun de ses passages à Amiens du sceau du plaisir partagé.
En laissant Tartuffe entrer dans sa maison, Orgon ne pouvait pas imaginer qu’il allait mettre en péril sa fortune, son honneur, son bonheur et l’unité de sa famille. Et pourtant, c’est bien à quoi travaille «l’imposteur», mais toujours à l’insu du maître de maison : si Tartuffe courtise la femme d’Orgon, c’est sous prétexte de l’entretenir de religion ; s’il spolie ses enfants, c’est sous couvert de les remettre dans le droit chemin ; s’il s’approprie les cordons de la bourse, c’est pour mieux organiser la dévotion familiale. Comédie en cinq actes de Molière, représentée pour la première fois au Château de Versailles le 12 mai 1664, Tartuffe ou l’Imposteur est écrit en réaction aux agissements de la Compagnie du Saint Sacrement et, quoiqu’ayant beaucoup plu au Roi, la pièce fut aussitôt interdite sous la pression des dévots qui accusaient Molière d’impiété et lui reprochaient de donner une mauvaise image de la dévotion et des croyants.
Du XVIIème siècle et de tous les siècles, la pièce ne cesse d’être montée, Tartuffe est le combat de tout temps, de tout le temps, contre l’ignorance et la force de manipulation destructrice de ceux qui brûlent les œuvres d’art sur l’autel de leur cupidité et de leur soif de pouvoir.


