Ils s’aiment. Et n’y a-t-il pas, dans toute l’histoire de la littérature, de plus grand et de plus sublime amour que celui de Roméo et Juliette ? C’est avec ce chef-d’œuvre d’un maître qu’il admire entre tous qu’Olivier Py aborde enfin l’univers shakespearien. C’est en mettant en scène pour l’Opéra, le Roméo et Juliette de Gounod, dirigé par Marc Minkowski, que le directeur du Théâtre National de l’Odéon a eu cette intuition : s’ils s’aiment, ces deux amants sublimes, c’est parce que leur amour est impossible. Ce n’est pas malgré le monde, la société, les préjugés, l’hostilité entre leurs deux familles ou leurs propres penchants qu’éclate le coup de foudre, c’est bien plutôt à cause de tous ces obstacles.
Profondément tragique, célébrant l’amour comme jamais il ne le fut, la pièce est bien au delà du cliché réducteur romantique et kitsch que l’opéra et le cinéma l’y ont associée.
« Roméo et Juliette a la clarté lyrique d’un envol – ou d’un saut dans le vide. Les amants s’y rejoignent à jamais, nouant à tout jamais leur lien en ce seul point où le monde n’a plus prise sur eux : là où la jeunesse brisée ne vieillira plus. «Un éclair avant la mort» : pour rendre sensible la vitesse de ces vies consumées passant de l’enfance à la mort en quelques jours, le metteur en scène a fait le pari de la concentration et de la simplicité. Autour du couple d’amants, un demi douzaine de comédiens se partagent tous les rôles. Et pour sa première approche d’un maître qu’il admire entre tous, Olivier Py travaille à une version ramassée qui réinvente l’énergie percutante et elliptique, le flamboyant état d’urgence de la grande langue shakespearienne. »
Daniel Loayzza


