En quinze films étalés sur quarante ans, Stanley Kubrick est devenu l’un des rares cinéastes installés au panthéon de la culture, avec Fellini, Bergman, Hitchcock, Godard et quelques autres. Fascinant aussi bien la critique que le public, il a réussi à fusionner le grand spectacle et le cinéma de genre avec une écriture cinématographique totalement singulière. Quand Kubrick s’attaque à un genre précis (science-fiction, film de guerre, d’horreur ou à costumes), il semble en fermer définitivement la porte tant il en transcende les codes et impose une vision totalement nouvelle. Au delà d’une incroyable virtuosité technique, et malgré une conduite hors norme du récit, un refus de plus en plus prononcé de la psychologie, le cinéma de Kubrick aura trouvé dans le public un écho profond et durable, même si l’adhésion fut parfois longue à se dessiner. Alors, choisir trois de ses films est une forme de gageure. Le choix s’est donc porté sur le film le plus célèbre du cinéaste, celui qui en a fait une star, 2001, l’odyssée de l’espace, son film le plus culte et le plus controversé, Orange mécanique, et son ultime opus, Eyes wide shut. Trois voyages initiatiques, trois voyages dans la psyché humaine, trois inoubliables expériences cinématographiques auquel seul le grand écran peut donner toute sa dimension. Films labyrinthiques où, entre un point de départ rationnel et un glissement progressif vers la perte de contrôle, le mystère insondable, le fantasme, la métamorphose, l’individu confronté à un autre monde vacille entre terreur et fascination, entre certitude et folie. Gilles Deleuze a pu écrire que chez Kubrick, c’était le cerveau qui était mis en scène et que, pour le cinéaste, le monde lui-même était un cerveau.
Chacun des films de Kubrick en serait ainsi une exploration. De Hal et du monolithe noir de 2001, l’odyssée de l’espace aux errances psychiques et fantasmatiques de Tom Cruise dans Eyes wide shut en passant par le cerveau détraqué d’Alex que la société tente de reformater dans Orange mécanique, la geste kubrickienne déploie une vision de l’être humain comme suspendu entre des forces archaïques et des puissances qui le poussent vers l’inconnu, l’indicible. Au cœur du labyrinthe se cache la possible métamorphose. Métamorphose accomplie comme celle de Bowman, le dernier survivant de 2001, l’odyssée de l’espace, mourant et renaissant, une fois passé la porte des étoiles, métamorphose digérée et dépassée par Alex redevenant Alex au final d’Orange mécanique, ou intérieurement assimilée par le protagoniste de Eyes wide shut. Trois grands films pour un incomparable voyage cinématographique.
* Orange mécanique 1971 - 136mn
* 2001, l’odyssée de l’espace 1968 - 142mn
* Eyes wide shut 1998 - 159mn

