«Nous pouvons plaindre la jeunesse, et comme elle tient son angoisse pour de l’idéalisme, et la vieillesse, comme elle veut se briser le cœur à coups de grandeur stoïque.»
Certainement l’une des œuvres les plus incontournables de l’histoire du théâtre, L’éveil du printemps de Frank Wedekind est une peinture mi-réaliste, mi-fantastique des troubles de la sexualité naissante chez un groupe d’adolescents. Premier à faire de la découverte de la sexualité un thème central, Wedekind parle de ce temps où l’enfant se mue en adulte. Les questions sont concrètes. Les fleurs sont là, pas les fruits. Le printemps n’épargne pas les personnages de cette «tragédie enfantine» : au coeur de l’éclosion érotique, certains trouveront la mort... En 1891, cette mise à mal du puritanisme de l’éducation prussienne a fait scandale. La pièce montre la jeunesse telle qu’elle est et pas telle qu’on voudrait qu’elle soit, une jeunesse avec ses désirs, ses pulsions : sado-masochisme, onanisme, homosexualité, débauche et même avortement et suicide. Omar Porras, dont les escales amiénoise sont toujours une jubilation – rappelons-nous ses Fourberies de Scapin la saison dernière qui ont suscité l’ovation du public –, de son art si singulier, s’empare de cette histoire en rien datée en fondant sa mise en scène sur la jeunesse de son équipe et la musique, le langage qui mieux que tout autre traduit les émotions des adolescents. L’éveil du printemps est une fable initiatique à la portée universelle, l’apprentissage du désir au sein de l’ordre collectif, le passage de l’adolescence à l’âge adulte tel qu’il est vécu par chaque être humain. Un grand bouleversement, en somme.
« Notre époque est celle du mélange : notre culture, notre théâtre sont métissés. C’est l’amalgame des cultures qui fait la richesse du travail artistique. » Omar Porras


