DANCE tendance
HOMO TURBAE
Direction Claudia Castellucci

Le récit qui sert de référence à Mòra pour son premier bal est L’homme des foules d’Edgar Allan Poe, un conte étonnant sur l’indistinction des foules qui pourtant se coagulent en un type. Les foules rebondissent et font flotter leur mousse informe, mais celle-ci se fond en un individu qui représente la quintessence des foules, sans pouvoir jamais la saisir. C’est une âme ténébreuse et menaçante que l’ensemble fomente sans s’en rendre compte. Le temps est le sorcier noir qui, sachant rendre tous pareils en sa présence, fait dégager de la liste infinie de visages, le visage de tous les visages. A chaque rencontre, de celle occasionnelle au rendez-vous le plus innocent, ce qui ressort des interstices entre un individu et l’autre, ce qui bouche les trous des foules est un esprit de l’abomination qui largue toutes les amarres de la responsabilité et qui estompe les contours appelants des visages.
Ces foules sont éternelles, depuis le début du monde; des nouvelles personnes se relayent en permanence, au fil des heures et des ères; c’est bien cette éternité et cette quantité qui anéantissent: c’est la perception que notre existence individuelle s’inscrit dans un système qui l’englobe depuis toujours, juste pour pouvoir l’exclure, juste pour passer à autre chose.
La musique qui forme et revêtit chaque pas du bal est tirée essentiellement de l’œuvre pour orgue d’Olivier Messiaen, et est intégrée, dans ses passages, par la tessiture de Scott Gibbons. L’orgue est l’instrument de musique le plus puissant que l’histoire de la planète ait jamais produit. C’est un soufflet qui prend la quantité comme charge et comme cri de l’homme, du vagissement au braillement blasphématoire. Il englobe en soi tous les registres, les hauteurs, les timbres, les volumes. Ses notes graves arrives à des perceptions telluriques, alors que les aigus sont des flèches minérales se projetant sur les étoiles. L’œuvre géniale, puissante, extrêmement raffinée et folle de Messiaen a emprunté à l’orgue des moments de suspension filamenteuse et de colossales secousses célestes.
Le bal se dessine dans le conte de Poe et dans la musique Messiaen par le même sommeil et la même conscience qu’une veille fort douteuse.


Tarif exceptionnel 4
Grand Théâtre

Ouverture réservation
Adhérents: 28/11
Public: 19/12

réalisation: Mora compagnie de danse
direction: Claudia Castellucci

orchestration musicale: Scott Gibbons
collaboration au dessin des lumières et costumes: Romeo Castellucci
maître de répétition: Eugenio Resta
avec: Marco D’agostin
Gloria Dorliguzzo
Rob Fordeyn
Antonella Guglielmi
Beatrice Mazzola
Benedetta Mazzotti
Andrea Sassoli
Marco Villari


production: Festival delle Colline Torinesi, Espace Malraux/Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie, CARTA BIANCA - programme ALCOTRA - coopération France/Italie Théâtre de la Place/Liège–centre européen de création théâtrale et chorégraphique, Charleroi/Danses–centre chorégraphique de la Communauté française de Belgique, Emilia Romagna Teatro Fondazione, Socìetas Raffaello Sanzio
en collaboration avec Amat/Associazione Marchigiana Attività Teatrali e Civitanova Danza
Projet CARTA BIANCA