EYES WIDE SHUT
Rétrospective Stanley Kubrick

Une œuvre incontournable, impressionnante de cohésion thématique et esthétique, tel se présente celle de Stanley Kubrick. C’est une œuvre qui aura abordé la plupart des genres cinématographiques (à l’exception du western), un cinéma à la fois spectaculaire et quasi abstrait, grand public et radical. En douze films, Stanley Kubrick aura dessiné les contours d’un territoire cinématographique à la fois immédiatement perceptible car étant à l’image du nôtre, et perturbant car ouvrant ses frontières vers des zones angoissantes et déstabilisantes. Les personnages de Kubrick semblent en effet errer dans un labyrinthe tant géographique que psychique. C’est un monde cerveau, comme l’a si bien décrit Gilles Deleuze1, un monde que Kubrick n’a eu de cesse d’aborder sous divers aspects. Ce monde menaçant de basculer dans l’instabilité est un organisme malade, au bord de la dislocation. Il est à l’image du cerveau électronique de l’ordinateur de 2001 que l’ultime astronaute déconnecte, de la salle de guerre quasi utérine de Docteur Folamour, du «vaisseau fantôme» qu’est l’hôtel overlook de Shining, du champ de bataille, véritable dédale chaotique, de Full métal jacket, de la «jungle» sociale parée d’atours de Barry Lyndon, du New York troublant et vertigineux de Eyes wide shut. Dans ces univers, l’individu tente de maintenir une humanité ontologique, de résister à l’entropie rampante, aux gouffres noirs qui l’aspirent, aux appels de sa part d’animalité momentanément sociabilisée et refoulée.





Des singes de 2001 aux regards apeurés à la démarche simiesque du Jack de Shining, de la grimace retrouvée d’Alex au final d’Orange mécanique à l’œil exorbité de l’astronaute de 2001, du rictus de joker donnant la mort dans Full metal jacket au fœtus astral, s’inscrit, et se déploie, le sens profond du cinéma de Kubrick : que peut-il demeurer d’animalité en sommeil dans l’homme ? Que peut-il perdurer d’humanité quand l’homme se laisse glisser vers une forme d’animalité, cette violence animale que les rituels et les comportements sociaux permettent de dissimuler sous une apparence que chaque film de Kubrick vient battre en brèche. Surgissent de facto une angoisse viscérale et une violence pouvant déboucher sur la folie, sur une forme de régression. La vision kubrickienne du monde est celle d’un ordre exposé dans toute la magnificence de son efficacité, voire de sa perversité, et  qui va progressivement se fissurer sous l’action d’un accident, d’un grain de sable, jusqu’à l’implosion finale, jusqu’au désordre ultime, jusqu’à la folie. Il est alors question d’une possible métamorphose en marche, métamorphose que la forme cinématographique porte à son incandescence.

Ainsi, du Baiser du tueur à Eyes wide shut, on pourra se plonger ou se replonger dans l’univers d’un des plus grands artistes de ce temps.

Gilles Laprévotte



1 L’image mouvement, Gilles Deleuze (éd. de Minuit)



 


Tarif cinéma - de 4,05 à 7,10 €
Cinema Orson Welles

Ouverture réservation
Adhérents: 00/00
Public: 00/00

EYES WIDE SHUT - 1998 - couleurs - 159mn
réalisation : Stanley Kubrick

LEÇON DE CINÉMA : STANLEY KUBRICK
par Michel Ciment
samedi 1er octobre à 15h