Que c’est petit ! dit-elle ; comment ai-je pu tenir là-dedans ?
Eh oui ! Trop à l’étroit, Blanquette s’est échappée, mais vers quelle destinée ??? Monsieur Seguin n’a pas de chance avec ses chèvres. Elles sont toutes éprises de liberté et finissent par fuir dans la montagne où rôde le loup. Leur sort est vite scellé. Blanquette est la septième qu’il achète. Il l’a prise plus jeune, espérant qu’elle s’habituera à rester dans l’enclos, au bout de sa corde... «Comment ai-je pu tenir là-dedans ?» est la réflexion qu’elle se fait en apercevant loin, en contrebas, la grange de Monsieur Seguin. Elle non plus n’a pu s’empêcher de s’échapper.
C’est avec une faim de loup que Jean Lambert-wild et Stéphane Blanquet transposent le célèbre conte d’Alphonse Daudet dans un univers fantasmagorique et proposent un voyage visuel féerique et déroutant, mettant en valeur les diverses saveurs de cette fable mythique : l’enfance, la soif de liberté, les frustrations, les transgressions, les transformations du corps, les peurs, la joie de vivre et de se croire aussi grand que le monde...
Alors, on a beau être adulte, perdurent ici où là des réminiscences de l’enfance, et l’on a beau être enfant que déjà piaille en nous l’insupportable adulte que nous serons un jour… Alors Jean Lambert-wild et son comparse de création, Stéphane Blanquet, ont inventé un spectacle pour tous les âges, tous les publics, toutes les névroses ! Et effectivement, la célèbre chèvre de Monsieur Seguin, trop à l’étroit dans son enclos, n’est-elle pas la plus pertinente des métaphores sur le rêve de liberté qui anime petits et grands ? De là à dire que nous sommes tous un peu chèvre, il n’y a qu’un loup à rencontrer pour nous le rappeler…


