Thélonius et Lola

La Ménagerie de verre

reprise

 

de Tenessee Williams

traduction Isabelle Famchon
mise en scène Daniel Jeanneteau
lumières Pauline Guyonnet
costumes Olga Karpinsky
son Isabelle Surel
video Mammar Benranou
collaboratrice à la scénographie Reiko Hikosaka
régie générale Jean-Marc Hennaut

avec
Solène Arbel, Quentin Bouissou, Dominique Reymond, Olivier Werner

Production Maison de la Culture d’Amiens – Pôle européen de création et de production, Studio-Théâtre de Vitry, T2G-Théâtre de Gennevilliers
Coproduction La Colline – Théâtre national, Espace des Arts – Scène nationale de Chalon-sur-Saône, Centre Dramatique National Besançon Franche-Comté, Maison de la Culture de Bourges, Shizuoka Performing Arts Center – Japon, Institut français 

L’Auteur est représenté dans les pays de langue française par Renauld & Richardson, info@paris-mcr.com en accord avec Casarotto Ramsay Ltd, London. La traductrice est représentée dans le monde par Renauld & Richardson. « La Ménagerie de Verre » est présentée en vertu d’un accord exceptionnel avec « The University of the South, Sewanee, Tennessee ».

 

tournée 2018-2019

Tokyo Metropolitan Theater
27 et 28 octobre 2018, dans le cadre du Tokyo Festival

 

Présentation

Theatre de la Colline 2015-16"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williamsmise en scène et scénographieDaniel Jeanneteau

La Ménagerie de verre se déroule dans un petit appartement de Saint-Louis et met en scène trois membres de la même famille, les Wingfield : une mère, Amanda, abandonnée par son mari, un fils, Tom, poète et employé dans une usine de chaussures, une fille, Laura, fragile, solitaire et qui collectionne de petits animaux en verre. À ce triangle s’ajoute un quatrième personnage extérieur : Jim, jeune collègue de Tom, invité le temps d’une soirée.
Puisant au plus intime de sa propre vie, dans une histoire insignifiante et très locale, Tennessee Williams construit une œuvre universelle, subtilement déceptive, parlant de la perte et du deuil, de la permanence en nous de ce qui a disparu.
Amanda Wingfield, hantée par sa propre jeunesse perdue, harcèle ses enfants en voulant leur bien, incapable de discerner clairement sa vie fantasmatique de leur réalité. Elle organise une soirée au cours de laquelle un « galant » doit venir, un mâle qu’il s’agit de présenter à sa fille déficiente, frappée d’un handicap indéfinissable mais la rendant inapte à toute vie normale. Mélangeant le sexe et la survie, échafaudant des plans scabreux de mariages devant résoudre les problèmes de leur vie matérielle et sentimentale, Amanda provoque la catastrophe ultime qui finira de les faire basculer dans le repli et la misère…
La Ménagerie de verre présente la vie comme une expérience dépourvue de sens mais traversée par des moments d’intense beauté. D’une beauté dont on ne se remet pas.

« La pièce se passe dans la mémoire et n’est donc pas réaliste. La mémoire se permet beaucoup de licences poétiques. Elle omet certains détails ; d’autres sont exagérés, selon la valeur émotionnelle des souvenirs, car la mémoire a son siège essentiellement dans le cœur. »

« La vérité, la vie ou la réalité, est un tout organique que l’imagination poétique ne peut représenter dans son essence que par transformation, en empruntant des formes qui ne sont pas celles des apparences. »
Tennessee Williams

 

note d’intention

C’est par le détour du Japon que j’ai découvert le théâtre de Tennessee Williams. En 2011, à l’invitation de Satoshi Miyagi à Shizuoka, j’ai mis en scène La Ménagerie de verre en japonais. C’était une commande, et c’est dans ce cadre que j’ai pour la première fois lu ce théâtre que je pensais ne pas aimer. J’y ai découvert, loin du réalisme psychologique auquel on l’a souvent réduit, une œuvre complexe et novatrice, en évolution constante dans sa forme. La distance culturelle avec laquelle j’abordais ce travail (distance aussi bien avec le Japon qu’avec les États-Unis), et l’extraordinaire richesse humaine de la pièce, ouvrirent pour moi un champ de liberté et de rêve inattendu.
Rien n’est matériel dans cette pièce, les figures sont des spectres traversant la mémoire du narrateur, fruits de ses obsessions, de ses affects. C’est un voyage dans une conscience malade, entre l’angoisse et le rire.
Tennessee Williams lui-même encourage le metteur en scène à s’évader des contraintes du réalisme, et propose des configurations de jeu, des agencements de rapports traduisant les structures profondes du psychisme. Il s’éloigne de l’imitation de la réalité pour inventer une dramaturgie du décalage, de la faille, de l’absence. Ses créatures sont affectées par d’étonnants troubles de la présence, les unes et les autres n’existant pas sur les mêmes plans de réalité, selon les mêmes modes d’apparition ni les mêmes densités physiques… Dans ce monde sans gravitation universelle, chaque entité pèse d’un poids singulier, selon un système de masse inventé pour lui seul.
Les pièces de Williams sont des agencements de solitudes. Les échanges sont improbables, les sentiments fusent hors des êtres et s’abattent comme des pluies, par l’effet d’une inconséquence fondamentale, originelle.
Les figures de La Ménagerie de verre sont perdues, et leur principale modalité d’occupation de l’espace est l’errance. Amanda erre dans sa maison, dans la ville, entre son fils et sa fille. Elle se maintient perpétuellement dans un entre-deux qu’elle voudrait sans limites. Sa volonté, implacable, s’applique à effacer tout obstacle qui pourrait s’opposer à cette errance : que son fils s’incline, s’absente de lui-même, serve le quotidien et l’absolve de tout poids matériel ; que sa fille se taise, taise sa féminité, s’absente en spectatrice perpétuelle du théâtre obsessionnel de sa mère ; que Jim se prète à représenter en effigie le corps désirant de l’homme perdu et toujours désiré, qu’il se tienne en leurre et n’intervienne pas, n’existe, littéralement, pas. Elle est seule, elle erre enfermée dans un système clos.
La Ménagerie de verre exige la mise en place par le jeu d’une sorte de graduation de la présence, de perspective dans la densité, conférant à chaque être une pesanteur, un rythme, une opalescence variable. Chaque comédien doit jouer seul, en soi, mais avec les autres. Comme dans un système planétaire, beaucoup de vide sépare chaque corps. Beaucoup d’énergie circule entre ces corps.
La scénographie est un volume translucide qui expose et enclos les corps dans une matrice impalpable. Posés sur un socle duveteux et pâle, Amanda, Laura, Tom et Jim circulent et se heurtent, s’évitent, s’ignorent, se cherchent. C’est par Tom que nous pénétrons cette matrice, il se tient au seuil et vacille, hésite, entre son aspiration au monde et l’appel angoissant de ses remords. La pièce contient une succession d’espaces mentaux gigognes, encastrés les uns dans les autres. Tom se souvient et revit, dans une confusion totale du présent et du passé, le piège affectif qu’ont représenté pour lui sa mère et sa sœur. Amanda, dans un déni perpétuel du présent, revit à l’infini son passé idéalisé de jeune fille. Laura se réfugie dans un monde inventé par elle, sans référence à l’extérieur, où tout est fragile, transparent, lumineux et froid. Jim est prisonnier du rêve social majoritaire, il a subi le dressage idéologique et s’apprète à faire de son mieux pour ne pas en sortir.
Tout cela est en mouvement, selon une cosmologie complexe, régie par les sentiments, les peurs, les désirs… Plus qu’une histoire, La Ménagerie de verre est un paysage, un ensemble de distances séparant des blocs d’affectivité, traversé par des lumières, des obscurités, des vents et des pluies. La temporalité y est multiple, combinée en strates, en cycles, en réseaux.
L’idée de poursuivre ce travail en France s’est formée très tôt, en repensant à l’aventure vécue avec Dominique Reymond et le théâtre halluciné d’August Stramm (Feux, festival d’Avignon 2008). C’est autour de Dominique que je construis cette version française, dans la lumineuse évidence de sa rencontre avec la figure d’Amanda.

Daniel Jeanneteau


Thomas Lanier Williams, dit Tennessee Williams

(1911–1983)
Dès l’âge de 14 ans, Tennessee Williams s’essaie à l’écriture de poèmes « pour fuir le monde de la réalité » et la vie morne qu’il mène dans une petite ville de l’Amérique profonde et un cadre familial oppressant (intransigeance acerbe de son père envers ce garçon rêveur et qualifié d’efféminé, pathétiques souffrances mentales de sa sœur Rose, mère figée dans le souvenir du monde révolu et idéalisé du Sud de sa jeunesse).
Tout au long de sa vie et jusqu’aux abords de la mort, l’écriture sera sa raison d’être, le lieu de toutes ses différences, le baume souverain de ses blessures physiques et morales, qui le maintiendra debout au plus noir de ses solitudes et de ses ivresses.
C’est ainsi qu’il signera de nombreux poèmes (Dans l’hiver des villes), plusieurs recueils de nouvelles (Sucre d’orge, La statue mutilée, le boxeur manchot, Le poulet tueur et la folle honteuse), deux romans (Le Printemps romain de Mrs Stone, Une femme nommée Moïse), des récits autobiographiques (Mémoires d’un vieux crocodile), des essais (De vous à moi).
Mais c’est surtout par sa foisonnante œuvre dramatique qu’il atteindra la notoriété dans son pays de naissance (19 pièces jouées à Broadway de son vivant) comme d’ailleurs dans le monde entier, demeurant dans les mémoires comme l’un des plus grands poètes de la scène de tous les temps. Il n’est pas en effet jusqu’à ses pièces dites « mineures » qui ne soient marquées par la belle densité de sa langue à la fois réaliste et lyrique, mordante et chargée de compassion, nul mieux que lui ne sachant mettre en mots la musique secrète des mutilés et des perdants de la vie que sont souvent ses personnages.
Écrivain soucieux de théâtralité jusque dans ses moindres détails (décor, lumière, mouvements), et orfèvre scrupuleux, il s’efforcera inlassablement de se réinventer et de repousser de plus en plus loin les normes admises de la pièce américaine bien faite. Ce faisant, il émaillera son parcours de chefs d’œuvre appelés à devenir des classiques, tous traduits dans de nombreuses langues et pour beaucoup portés à l’écran, par des réalisateurs prestigieux comme Élia Kazan, Joseph Mankiewicz ou John Huston.
Parmi les plus célèbres, on peut citer : La Ménagerie de verre, Un tramway nommé Désir, Été et fumée, La Rose tatouée, Camino Real, La Chatte sur un toit brûlant, Soudain l’été dernier, Doux oiseau de jeunesse, La Nuit de l’Iguane ; mais également des pièces longtemps méconnues voire dénigrées comme par exemple la Pièce à deux personnages qu’il considérait pourtant comme sa « plus belle pièce depuis Un Tramway nommé désir, le cœur même de ma vie ». Et bien d’autres, encore à découvrir.

Isabelle Famchon

 

Isabelle Famchon – Traductrice

De retour en France, après des études de théâtre à l’Université de Yale aux Etats-Unis et de longs voyages d’étude en Asie, Isabelle Famchon participe à l’aventure de la compagnie « MA/Danse Rituel Théâtre » avec le chorégraphe Hideyuki Yano ainsi qu’à la création de la compagnie Roger Blin où elle exerce de multiples fonctions et signe plusieurs mises en scène. Membre de longue date de la Maison Antoine-Vitez (Centre International de Traduction Théâtrale), auteur d’adaptations, d’articles sur l’histoire du théâtre et sur la traduction théâtrale, elle s’attache surtout à découvrir, traduire et faire connaître les dramaturgies contemporaines de langue anglaise dans ses formes les plus métissées. Elle a traduit notamment 
Athol Fugard pour l’Afrique du Sud ; Edna O’Brien, Tom Murphy, Franck McGuinness, Sebastian Barry pour l’Irlande ; Howard Barker et Sulayman Al-Bassam pour l’Angleterre ; John Murrell et Kent Stetson pour le Canada. Pour les USA, elle a traduit notamment José Rivera, Sarah Ruhl, Marcus Gardley et surtout Tennessee Williams (dont différentes pièces inédites en France).

 

Daniel Jeanneteau – mise en scène et scénographie

Daniel Jeanneteau © Aurélien Buttin

Né en 1963 en Moselle. Il a étudié à Strasbourg à l’école des Arts Décoratifs puis à l’école du TNS. Il a mis en scène et conçu les scénographies d’Iphigénie de Jean Racine (2001) ; de La Sonate des spectres d’August Strindberg (2003) ; d’Anéantis de Sarah Kane (2005) ; de Into The Little Hill, opéra de George Benjamin et Martin Crimp (2006) ; d’Adam et Ève de Mikhaïl Boulgakov (2007) ; de Blasted de Sarah Kane (Japon, 2009) ; de Bulbus d’Anja Hilling (2011) ; de The Glass menagerie de Tennessee Willams (Japon, 2011) ; de Les Aveugles de Maurice Maeterlinck (2014) ; de Faits, fragments de l’Iliade (2014). Il a cosigné avec Marie-Christine Soma les mises en scène de Les Assassins de la charbonnière d’après Kafka et Labiche (2008) ; de Feux d’August Stramm (2008) ; de Ciseaux, papier, caillou de Daniel Keene (2010) ; de Trafic de Yoann Thommerel (2014). Il a conçu les scénographies des spectacles de Claude Régy de 1989 à 2003 (notamment l’Amante anglaise de Marguerite Duras, Le Cerceau de Viktor Slavkine, Chutes de Gregory Motton, Paroles du sage d’Henri Meschonnic, la Mort de Tintagile de Maurice Maeterlinck, Holocauste de Charles Reznikov, Quelqu’un va venir de Jon Fosse, Des couteaux dans les poules de David Harrower, 4.48 psychose de Sarah Kane, Variations sur la mort de Jon Fosse…). Il a conçu entre autres les scénographies de spectacles de Catherine Diverrès, Gérard Desarthe, Éric Lacascade, Jean-Claude Gallotta, Alain Ollivier, Marcel Bozonnet, Nicolas Leriche, Jean-Baptiste Sastre, Trisha Brown, Jean-François Sivadier, Pascal Rambert… Metteur en scène associé au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis de 2002 à 2007, au Théâtre National de la Colline de 2009 à 2011, à la Maison de la Culture d’Amiens depuis 2007. Lauréat de la Villa Kujoyama à Kyoto en 1998 ; lauréat de la Villa Médicis Hors les Murs au Japon en 2002 ; Grand prix du syndicat de la critique en 2000 et en 2004.

 

"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams photo © Elisabeth Carecchio
"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams photo © Elisabeth Carecchio
"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams photo © Elisabeth Carecchio
"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams photo © Elisabeth Carecchio

Captation complète sur demande auprès de :

c.dubois@mca-amiens.com ou m.bouchentouf@mca-amiens.com